
Recherche internationale et durabilité : comment concilier qualité scientifique, bénéfices pour les sociétés et préservation de l’habitabilité des écosystèmes marins ?
Les projets de recherche internationaux génèrent des impacts environnementaux significatifs, souvent non documentés, et leurs bénéfices sociaux sont rarement équitablement répartis. Comment trouver un équilibre entre production de connaissances scientifiques, réduction de l’empreinte écologique et amélioration des retombées sociales, en particulier dans le cadre de collaborations avec les partenaires du Sud ? Quels freins et leviers influencent les pratiques des scientifiques pour atteindre cet équilibre ? Et comment les amener à s’interroger sur leur cœur de métier et sur les pratiques intrinsèques à leurs travaux, tout en les accompagnant vers des méthodes de travail plus résilientes ?
La thèse de Lucie Pellissier : identifier les leviers et les freins d’une recherche marine transformatrice
Depuis novembre 2025, Lucie Pellissier mène une thèse dans le cadre de BRIDGES IMPACT, l’un des six projets ciblés de BRIDGES, qui vise à observer, analyser et évaluer les transformations induites par les actions du programme, tout en étudiant et réduisant leurs impacts environnementaux. Cette démarche répond à la volonté de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) de mieux documenter l’empreinte écologique des projets scientifiques.
L’enjeu principal de ses travaux consiste à identifier les dynamiques de changement comportemental nécessaires pour réduire l’empreinte environnementale d’un programme de recherche international, sans compromettre ses objectifs scientifiques ni ses apports pour la société. L’objectif est également de concevoir des solutions concrètes et transférables, conciliant rigueur scientifique, frugalité et retombées positives pour les sociétés concernées.
Deux phases structurent le doctorat :
- Première phase : analyse des leviers de réduction de l’empreinte carbone de la recherche académique grâce aux données issues des résultats des ateliers Ma Terre.
- Deuxième phase : étude des pratiques spécifiques au programme BRIDGES, qui rassemble plusieurs centaines de chercheur.es, principalement basé.es en France hexagonale et dans le Sud-Ouest de l’océan Indien. Cette phase inclut :
- Un appui méthodologique à la décision pour favoriser des pratiques scientifiques à moindre impact ;
- L’intégration d’indicateurs socio-environnementaux permettant de relier interactions océan–climat, biodiversité marine et collaborations scientifiques avec les partenaires du Sud.
- Un appui méthodologique à la décision pour favoriser des pratiques scientifiques à moindre impact ;
En réduisant l’empreinte environnementale de la recherche et en rééquilibrant ses priorités entre qualité scientifique, utilité sociale et habitabilité des socio-écosystèmes marins, cette thèse propose de faire des pratiques scientifiques un levier direct de conservation de l’Océan. Elle affirme ainsi que préserver l’océan implique de repenser la manière dont les connaissances sont produites, en intégrant les enjeux environnementaux, sociaux et de justice climatique et bleue, et en reconnaissant le rôle central des sociétés humaines.
Les travaux de recherche seront valorisés à travers une stratégie de diffusion articulée autour du concept SAPS (Sciences avec et pour la société), favorisant la co-construction des savoirs et une large accessibilité des résultats auprès de la communauté académique, des acteurs de terrain et du grand public.
Sources de la figure : UNEP (2017, 2021) Emissions Gap Report, (2021) Adaptation Gap Report, SEI (2021) Production Gap Report, IPCC (2021) Sixth Assessment Report.
© 2021 United Nations Environment Programme
Zoom sur : Ma Terre en 180 minutes : un outil pédagogique pour repenser les pratiques scientifiques
Le jeu sérieux Ma Terre en 180 minutes constitue un outil pédagogique et participatif central dans cette thèse. Conçu comme un espace de discussion, il permet aux communautés universitaires de comprendre leur empreinte carbone collective et de co-construire des trajectoires de réduction, dans une logique de sensibilisation-action, d’engagement et d’équité. Il s’agit d’un jeu de rôle où chaque personnage dispose de jetons associés à ses activités de travail, proportionnels en taille à l’empreinte carbone associée. Les joueurs doivent négocier et proposer des alternatives, notamment en déplaçant ou divisant des jetons, pour atteindre un objectif de réduction de 50% de leur empreinte carbone. Ces ateliers sont adaptés au cœur de métier et aux besoins de BRIDGES.
Portrait

Doctorante depuis novembre 2025, Lucie Pellissier travaille sur les transformations des socio-écosystèmes marins dans le cadre de BRIDGES. Ingénieure généraliste de formation, avec un double diplôme en transitions écologiques, elle s’intéresse aux liens entre l’océan, la régulation du climat et les transformations des pratiques humaines et scientifiques.
Son stage de fin d’études portait sur l’amélioration méthodologique du calculateur d’empreinte carbone personnelle MyCO2 de Carbone 4. Il a donné lieu à un mémoire interdisciplinaire croisant sociologie, économie, philosophie, psychologie et neurosciences afin d’étudier l’impact des dispositifs de sensibilisation sur les changements de comportement et la réduction de l’empreinte carbone individuelle. Cette expérience a renforcé son intérêt pour les enjeux océan–climat.
Un Volontariat International en Entreprise au Pérou l’a ensuite amenée à travailler sur des systèmes d’information géographique à l’interface entre équipes techniques et environnementales. Une année de voyage en Amérique latine a progressivement clarifié son projet professionnel : contribuer à la conservation de l’océan en intégrant les dimensions de justice bleue. La rencontre avec des familles de pêcheurs artisanaux du nord du Pérou a particulièrement marqué cette réflexion, révélant les liens étroits entre enjeux sociaux et environnementaux.
Aujourd’hui, ses recherches s’inscrivent dans une démarche interdisciplinaire à l’interface des sciences de la nature et des sciences humaines et sociales, avec l’objectif de contribuer à la conservation de l’Océan. Elle accorde une attention particulière aux approches bio-culturelles et aux bénéfices sociaux locaux, avec l’ambition de développer à terme des travaux de terrain au plus près des écosystèmes et des communautés côtières.
Informations additionnelles
Titre de la thèse : « Caractérisation des obstacles et des leviers de transformation des socio-écosystèmes marins dans le sud-ouest de l’océan Indien »
Encadrants et co-encadrants : Nicolas CHAMPOLLION, co-coordinateur Ma Terre, recherche sur l’évolution future et globale des glaciers; Nicolas GRATIOT, co-coordinateur Ma Terre, recherche sur l’impact des sédiments cohésifs sur les écosystèmes.
Laboratoire de recherche : Institut des Géosciences de l’Environnement (IGE) de Grenoble
Pour aller plus loin
Initiatives pour réduire l’empreinte environnementale de la recherche
Teran-Escobar C., Becu N., Champollion N., et al. (2024). A pilot randomised controlled trial comparing the effectiveness of the MaTerre180’ participatory tool including a serious game versus an intervention including carbon footprint awareness-raising on behaviours among academia members in France. PLOS ONE, 19(3), e0301124.https://doi.org/10.1371/journal.pone.0301124
Gratiot N., Klein J., Challet M., Dangles O., Janicot S., Candelas M., et al. (2023). A transition support system to build decarbonization scenarios in the academic community. PLOS Sustainability and Transformation, 2(4), e0000049.https://doi.org/10.1371/journal.pstr.0000049
Macfarlane A. R., Smith M. M., Calmer R., et al. (2025). Environmental impact assessments of scientific fieldwork as a path to sustainability: a case study from the MOSAiC expedition. Elementa: Science of the Anthropocene, 13(1), 00035.https://doi.org/10.1525/elementa.2025.00035
Corneyllie A., Walters T., Dubarry A. S., et al. (s.d.). Doing conferences differently: a decentralised multi-hub approach for ecological and social sustainability.
Empreinte de la recherche en lien avec les Suds
Poupaud M., Fache É., Castella J.-C., Antona M., Blanco J., Carrière S. M., et al. (2025). Diversité des points de vue face à l’empreinte carbone de la recherche en partenariat avec les Suds. Natures Sciences Sociétés, 33(1), 80-88.https://doi.org/10.1051/nss/2025028
Fanchette S., Letourneur N., Pannier E., Paloc U. (s.d.). The ambivalence of low carbon research with partners in the Global South.
Indicateurs socio-environnementaux liés à l’océan
Blythe J. L., Claudet J., Gill D., et al. (2026). The Ocean Equity Index. Nature.https://doi.org/10.1038/s41586-025-09976-yPreprint (2025). Environmental Studies.https://doi.org/10.31223/X5Z126
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