Évaluer la vulnérabilité des espèces marines dans un contexte de données limitées à La Réunion et à Mayotte

A La Réunion et à Mayotte, les pêcheries artisanales côtières exploitent simultanément une grande diversité d’espèces démersales1 et pélagiques2. Pourtant, les données biologiques et halieutiques restent limitées, rendant impossible l’utilisation des méthodes classiques d’évaluation des stocks.

Cette lacune est d’autant plus problématique que les pressions de pêche et les effets du changement climatique s’intensifient. Pour répondre à ce défi, l’Analyse de Productivité-Susceptibilité (PSA), un outil semi-quantitatif3 conçu pour les contextes de données limitées, est mobilisée pour hiérarchiser la vulnérabilité des espèces en combinant des données sur leur biologie et leur exposition aux pressions de pêche.

Durant son stage au sein de BRIDGES RESILIENCE, Mattéo Le Floch, encadré par Emmanuel Tessier (Marbec, Ifremer) et Lionel Pawlowski (Decod, Ifremer), a proposé une adaptation innovante de la PSA, initialement développée pour des pêcheries tempérées (chalut ou filet), au contexte tropical multi-taxons dominé par la pêche à la ligne. Il a également standardisé la méthode pour permettre des comparaisons rigoureuses entre La Réunion et Mayotte, et une extension future aux autres sites ateliers du programme BRIDGES.

Son travail fournit un outil opérationnel d’aide à la décision, testé sur un large éventail d’espèces, capable d’identifier les priorités de gestion et de recherche dans un contexte de données limitées. Il documente également les lacunes de connaissances à combler en priorité.

Adapter et tester pour les contextes de La Réunion et de Mayotte

L’outil d’analyse évalue la vulnérabilité des espèces via deux dimensions :

Il intègre des données quantitatives (valeur numérique précise : biologie, halieutique) et qualitatives (descriptive : expertise locale) pour renseigner 18 attributs (9 pour la productivité, 9 pour la susceptibilité). Les attributs initiaux (conçus pour les engins au filet/chalut) ont été remplacés par des critères adaptés à la pêche à la ligne et à l’hameçon appâté. Deux attributs climatiques ont été ajoutés, et les pressions cumulées (pêche professionnelle, récréative, traditionnelle et illégale) ont été prises en compte.
Afin de créer un prototype adapté et standardisé pour La Réunion et pour Mayotte, Mattéo Le Floch a compilé une base de données sur 468 espèces d’importance halieutique, culturelle, écosystémique et/ou touristique. Pour se substituer aux données biologiques manquantes, il a développé un cadre probabiliste pour exploiter le modèle FishLife, outil statistique et phylogénétique international.

Enfin, des seuils calibrés sur les statuts de conservation UICN documentés localement permettent de découper l’échelle de vulnérabilité en 4 classes concrètes, de faible à très élevée. Chaque espèce peut alors être positionnée dans l’une de ces classes, rendant le résultat directement mobilisable par les gestionnaires.

Résultats, limites et conclusions

Des profils de vulnérabilité contrastés et de nature différente

Les résultats révèlent des différences marquées selon les groupes taxonomiques :

Comparaisons entre territoires

Les deux territoires présentent des niveaux de vulnérabilité significativement différents, entièrement portés par la susceptibilité (contexte géomorphologique et halieutique local), et non par la biologie des espèces, que l’étude ne permet pas encore de différencier par site. Cependant, le classement relatif des espèces reste similaire entre La Réunion et Mayotte.

Limites de la méthode

Figure 1. PSA vulnerability variability by family or taxonomic group, with category share by territory. Left: vulnerability by family/taxonomic group, point shape = territory; background and dashed lines = retained IUCN-derived vulnerability thresholds. Right: share of species per vulnerability category, by territory.

Figure 2. PSA vulnerability by territory and habitat use (DemersPelag, Fishbase variable). 

Aller plus loin : perspectives 

Cette étude s’appuie sur une revue approfondie des analyses PSA publiées depuis la standardisation originale de Patrick et al. (2009). Elle ouvre plusieurs pistes pour améliorer l’outil :

Portrait

Mattéo Le Floch est diplômé de l’Institut Agro Rennes-Angers. Ses expériences au Sri Lanka, au Sénégal et aux Antilles l’ont conduit à étudier différentes pêcheries artisanales tropicales : débarquements d’élasmobranches, commerce des grandes raies guitares et pêche de la dorade coryphène (lien vers le rapport produit par Mattéo). Ses travaux combinent enquêtes auprès des communautés de pêche, analyse des débarquements et collecte de données biologiques. De retour en master 2 de sciences halieutiques, il se spécialise en statistiques appliquées à la modélisation halieutique et écologique, avant de réaliser son stage de fin d’études au sein du projet BRIDGES RESILIENCE.

En octobre 2026, il poursuit au sein de BRIDGES avec une thèse intitulée « MAYRUNFISH – Assessing resources vulnerability of coastal fisheries in a data limited context – Insights from the western Indian ocean « , encadrée par Jean Marc Fromentin, Emmanuel Tessier, Lionel Pawlowski et Thomas Claverie.

Contact : matteo.lefloch@agrocampus-ouest.fr ; Matteo.Le.Floc.H@ifremer.fr

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Références

  1. espèce vivant au-dessus du fond marin, et tirant leur nourriture du fond.   ↩︎
  2. espèce vivant dans les eaux proches de la surface.  ↩︎
  3. Un outil semi-quantitatif fournit un ordre de grandeur, une estimation relative ou une note basée sur une échelle conventionnelle plutôt qu’une valeur absolue exacte.  ↩︎


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